La convergence linguistique : L’influence du français parlé sur le français écrit chez l’apprenant étranger

By Darren K. LaScotte, University of Minnesota- Twin Cities

Résumé :

Le présent article illustre un phénomène problématique chez l’apprenant allophone après être arrivé dans un pays francophone (p. ex. la France, le Canada, la Belgique ou encore la Suisse) pour poursuivre ses études. Beaucoup d’étudiants se voient confrontés à une sorte de choc langagier par rapport à la structure de la phrase, la transformation de la phrase en négation sans l’usage de ne, l’emploi accessoire de certains adverbes et pronoms, et enfin le vocabulaire vernaculaire, voire argotique. Le français écrit qui leur a été enseigné dans leur pays natal ne ressemble pas précisément au français actuellement parlé, dans le pays francophone, dans lequel ils sont immergés. Confrontés aux registres courant et familier du français, les apprenants superposent ces registres sur leur schéma du français écrit. L’absence de distinction explicite entre ces registres et leurs contextes d’utilisation peut tromper l’apprenant. Résultat, il utilise le registre familier dans un contexte académique.

Mots clefs : étudiants étrangers ; registres ; langue française ; convergence linguistique

Abstract:

The present article illustrates a problematic phenomenon for international students studying in a French-speaking country (e.g. France, Canada, Belgium or Switzerland). Many students are faced with a kind of language shock with regard to overall sentence structure, negative transformation without the use of ne, unneccessory and overgeneralized use of certain adverbs and disjunctive pronouns, and vernacular vocabulary or slang. Academic (written) French that was taught in their native country does not accurately resemble the popular French currently spoken in the Francophone country in which they are immersed. Faced with informal and familiar registers, learners superimpose this new vernacular on their pattern of written French. The lack of explicit distinction between these registers and their context of use can deceive the learner, resulting in inappropriate and sometimes ungrammatical uses of vernacular French in an academic context.

Key Words: study abroad, registers, French, linguistic convergence

Introduction :

Lorsque nous enseignons une langue étrangère, nous enseignons tel vocabulaire et tel registre de langue à l’apprenant selon les besoins ou le thème du cours. Faisant leurs études de français dans une université non Francophone, beaucoup d’étudiants de Français langue étrangère (FLE) font part d’un système éducatif focalisé sur un français académique et de littérature.  Certains étudiants apprennent seulement un français soutenu avec un vocabulaire très spécifique et plutôt littéraire, ce qui peut être maladroit ou mal choisi suivant les interactions orales avec des locuteurs natifs.

Après être arrivés dans un pays Francophone, souvent pour poursuivre leurs études et s’imprégner de la langue du pays, beaucoup d’étudiants se voient confrontés à une sorte de choc langagier. Ils se rendent compte que le français qui leur a été enseigné dans leur pays natal ne ressemble pas précisément au français actuellement parlé.  Confrontés aux registres courant et familier du français, il apparaît que les apprenants superposent alors ces registres sur leur schéma du français écrit.  L’absence de distinction explicite dans l’enseignement du français entre ces registres peut tromper l’apprenant.  Résultat, il utilise le registre familier dans un contexte académique.

Matériel et Méthodes :

Cette étude de cas exploratoire se base sur l’observation de trente heures d’enseignement-apprentissage réparties sur deux mois et demi dans un bureau du programme d’échange franco-américain. La dite observation repose sur un cours à thème « Le monde du travail en France ».  Dans ce cours, 26 étudiants sont inscrits dont 12 hommes et 14 femmes.  Ils ont tous l’anglais-américain comme langue maternelle ; les âges des apprenants s’étendent de 19 à 25 ans.  Par rapport à leurs compétences langagières en français, nous découvrons une variété de niveaux qui va de A2 jusqu’à B1, d’après le Cadre européen commun de références pour les langues (CECRL).

La recherche de cette étude se compose d’un corpus de travail écrit fait par les apprenants de ce cours observé. L’opportunité de prendre part à ce projet de recherche s’est fait d’une manière bénévole.  De plus, selon les demandes de l’enseignant, les étudiants qui ont participé dans cette étude sont anonymes.  Par conséquence, aucune information personnelle ni démographique n’apparaît dans les résultats de cette recherché.

Résultats et Discussion :

Les familiarisations présentes dans l’écriture des apprenants sont explicitées en donnant des exemples précis de leurs travaux écrits. Nous relèverons donc la chute de ne dans la structuration de la phrase négative, l’emploi accessoire des adverbes et des pronoms disjoints, et l’usage des mots et des structures familières.

La chute de ne dans la structuration de la phrase négative

En français parlé, nous constatons que l’emploi de ne n’est pas absolument nécessaire. Cela dit, ne est souvent omis dans la négation, étant donné que son complément de négation pas (ou rien, personne, aucun(e), etc.) est suffisant afin de se faire comprendre.  Quoique cela soit vrai à l’oral, l’usage de ne à l’écrit est toujours exigé lorsqu’il s’agit du registre soutenu, académique ou professionnel.  Il est donc intéressant de noter l’absence de ne dans la négation dans un contexte académique.  Voici un exemple de notre corpus dans lequel ne n’est pas présent lors de la négation :

Ex. 1  

« Cette situation crée du conflit pas juste entre Franck et son directeur,

mais aussi entre Franck et son père » (une réflexion sur le film Ressources humaines[i]).

L’emploi accessoire des adverbes et des pronoms disjoints

Lorsque nous parlons spontanément, il est vrai que nous reprenons l’idée générale de nos phrases en faisant des retours en arrière ou en ajoutant des pronoms, des prépositions ou des adverbes accessoires.  Cependant, cette manière de parler ne se transcrit pas à l’écrit.  Prenant cette manière de parler spontanément, nous retrouvons quelques exemples de telles familiarisations :

Ex. 2   

« En plus, il a quelques amis et son père qui travail comme les ouvriers

à la usine » (une réflexion sur le film Ressources humaines).

Ex. 3   

« Franck doit également lutter contre les membres d’un syndicat à l’usine,

qui eux aussi s’oppose à la réforme » (une réflexion sur le film Ressources

humaines).

Bien sûr, cette façon d’ajouter des mots accessoires afin d’étoffer la phrase n’est pas un style d’écriture que nous apprenons dans des manuels de FLE. Il s’agit complètement de la mise en œuvre d’une familiarisation du français parlé.

L’usage des mots et des structures familiers

Sans doute, l’usage des mots argotiques ou familiers dans une situation où nous nous attendons à un registre soutenu est l’un des aspects les plus représentatifs de la convergence linguistique.  Sans savoir l’usage réel de ces termes et des contextes convenables pour les employer, l’usage de ces mots familiers ou argotiques peut être très problématique.  Voici quelques exemples précis tirés du travail écrit :

Ex. 4   

« Par exemple, quand le père de Franck est viré, il ne veut pas que Franck

se lui défendre » (une réflexion sur le film Ressources humaines).

Ex. 5   

« À la cafète, Franck est confronté avec la situation de choisit entre

manger avec son père ou avec ses collègues » (une réflexion sur le film

Ressources humaines).

Bien évidemment, l’emploi des ce genre de mots n’est pas convenable dans le registre académique du français écrit.

Conclusions :

N’ayant pas une distinction claire entre la variété de registres en français lors de son apprentissage, il se trouve que l’apprenant utilise un mélange entre ces différents classements du français afin de s’exprimer dans toute situation langagière académique ou familière. Nous notons une adaptation du français familier qui est par conséquent superposé au français académique, d’où la notion de convergence linguistique.  Pour éviter cette convergence, il faudrait expliciter les registres ainsi que les diverses situations appropriées dans lesquelles nous les employons.  Sinon, nous pouvons nous attendre au fait que le français parlé continuera à entrer de plus en plus dans le français écrit en fonction de la durée du séjour de l’apprenant dans un pays francophone.

[i] Scotta, C., Benjo, C. (Productrices), et Cantet, L. (Directeur) (2000). Ressources humaines [film]. France : Kimstim.


Darren Keith LaScotte, MA in TESOL and Maîtrise en sciences du langage, is adjunct faculty in the Minnesota English Language Program and in the University of Minnesota’s Dept. of Curriculum & Instruction.  His research interests include language education, learner language, and inter-language variation across social contexts. Contact: lasc0027(at)umn.edu

 

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